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Le blog de Eric de Falco

Le blog de Eric de Falco

conseiller général du 1° canton de Rouen


Vit-on moins bien que nos anciens?

Publié par Eric de Falco sur 11 Juillet 2009, 10:18am

Catégories : #actualité

La nouvelle génération est-elle moins bien lotie que l’ancienne? Difficultés d'accès à l'emploi (le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 21% contre 8% pour l'ensemble de la France), risque plus important face à la précarité ... Les indicateurs économiques pourraient le laisser penser. La dernière étude du Centre d’analyse stratégique (CAS) – organisme rattaché au Premier ministre – vient pourtant relativiser ce constat. René Sève, directeur général du CAS, livre à Libération son sentiment par rapport au «déclassement social».

Qu'appelle-t-on déclassement social ?

C'est lorsque la position sociale des enfants est moins bonne que celle de ses parents. Cas typique : un fils de cadre qui se retrouve employé. Cela dit, le déclassement social est avant tout un sentiment, un ressenti. Il ne prend pas en compte le niveau de vie réel et l'évolution de la richesse du pays. Un individu pourra se sentir «déclassé» par rapport à ses aînés alors qu'il sera plus aisé, qu'il aura un meilleur mode de vie. Aujourd'hui, le PIB (produit intérieur brut) a progressé de 80% en 30 ans, les ménages vivent dans de meilleures conditions mais le déclassement social persiste. Le sentiment de déclassement est à prendre au sérieux, mais il faut le relativiser en le comparant au niveau de vie réel.

La panne de l'ascenseur social en France est dénoncée depuis plusieurs années. Comment évolue-t-elle ?

De 22 à 25% des trentenaires et des quadragénaires sont aujourd’hui plus bas dans l’échelle sociale que ne l’étaient leurs parents. Cette proportion était de 18% au début des années 80. Le phénomène est donc en progression mais seulement de 3,5 à 7 points en vingt ans, ce qui n'est pas énorme. Il faut surtout noter que c'est la mobilité sociale qui est la plus importante. Aujourd'hui, 40% des individus ont une meilleure position sociale que leurs parents, là aussi le chiffre est en progression depuis les années 80 (37,7% en 1983).

Il faut fortement relativiser le déclassement social. ll ne faut pas oublier que les gens vivent mieux, plus longtemps et en meilleure santé. Il vaut mieux être «descendant» dans une société qui progresse que «ascendant» dans une société qui ne progresse pas.

Le ressenti de déclassement social est pourtant très fort dans la population. Comment expliquez-vous ce décalage ?

Le sentiment de confiance dans l'avenir est très mitigé chez les Français depuis plusieurs années. C'est marquant par rapport aux autres Européens. Cela peut globalement être dû à une mauvaise perception de la réalité, à cause des informations négatives délivrées par les journaux par exemple.

Il y a ensuite des aspects plus particuliers. On peut noter l'existence de «dépenses contraintes», c'est-à-dire des montants à verser automatiquement chaque mois comme le loyer, les abonnements divers, etc. Ces dépenses ont beaucoup augmenté ces dernières années et la part libre de dépenses a diminué, proportionnellement. La frustration est croissante entre ce que l'on a et ce que l'on voudrait avoir.

Certaines catégories sont-elles davantage touchées ?

Globalement, il n'y a pas de profil type mais certaines catégories sont plus touchées, comme les femmes. Cela peut se comprendre au niveau de l'orientation : les femmes sont toujours davantage incitées à s'orienter dans des études littéraires ou sociales alors que les hommes font des carrières plus techniques ou scientifiques. Résultat, ce sont les hommes qui occupent majoritairement des postes à responsabilité.

On remarque aussi que, lorsque l'homme est amené à se déplacer professionnellement, c'est généralement la femme qui suit son mari et s'expose plus facilement au risque de déclassement, au risque de retrouver un emploi moins qualifié. Cela dit, cette situation est également en nette amélioration depuis les années 80.

Ce phénomène risque-t-il de s'amplifier avec la crise économique actuelle ?

On calcule le déclassement social à partir de statistiques économiques et sociologiques sur des périodes très longues. Or, cette crise est conjoncturelle. Concrètement, elle ne peut donc pas influencer le déclassement ou l'ascension sociale d'une génération.

Vous avez rendu votre rapport aujourd'hui à Nathalie Kosciusko-Morizet (secrétaire d'Etat à la Prospective). Quelles directions devrait suivre le gouvernement pour remédier au problème du déclassement social ?

Comme je l'ai déjà dit, la souffrance issue du déclassement social est avant tout un ressenti. Toute politique permettant d'améliorer le moral des ménages est donc positive mais il est justement difficile d'agir directement sur ce même moral.

L'éducation et l'orientation sont des enjeux cruciaux. En ce sens, le prêt à remboursement contingent au revenu (PARC) apparaît comme une piste à  privilégier pour l’autonomie financière des étudiants. C'est un système de prêt, remboursable uniquement lorsque les revenus dépassent une certain seuil. Plus les jeunes seront inciter à poursuivre leurs études, plus cela sera positif pour la trajectoire professionnelle.

Comme la mobilité ascendante est plus importante que la mobilité descendante, cela montre, selon moi, que la collectivité fait des efforts, que le système est relativement bon.

Le sentiment de déclassement fonctionne à partir de la comparaison avec autrui. On peut donc aussi le voir, dans une certaine mesure, comme une source de motivation pour certaines personnes. On peut y voir un facteur d'incitation.

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