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Le blog de Eric de Falco

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conseiller général du 1° canton de Rouen


Nanotechnologies, un grand débat

Publié par Eric de Falco sur 29 Janvier 2010, 08:39am

Catégories : #actualité

C'était l'un des engagements du Grenelle de l'environnement: organiser un grand débat public sur les «  nanotechnologies». Ce tour de France des réunions, entamé à la mi-octobre, n'est pas franchement concluant. Les rencontres sont souvent perturbées sinon annulées.

De quoi parle-t-on ?

Les nanotechnologies regroupent des applications extrêmement diverses, n'ayant rien à voir les unes avec les autres. Leur seul point commun, c'est la dimension. On parle là de la production de matière à l'échelle du nanomètre, qui équivaut à un milliardième de mètre. Disons qu'un nanomètre est l'échelle intermédiaire entre celle des atomes et celle des plus petits objets existants.

Quand sont apparues les nanotechnologies?

Le nom de Richard Phillips Feynman revient souvent dans les livres consacrés aux nanos. Dans un discours remarqué en 1959 au congrès annuel de la Société américaine de physique, il rappelle à la communauté scientifique, comme un défi: «il y a beaucoup d'espace en bas». «A partir du moment où l'on a découvert l'atome, on était déjà dans le domaine des nanotechnologies», résume Pierre Morin, directeur de recherche CNRS, à l'Institut de nanotechnologies de Lyon. Sauf que «façonner la matière à l'échelle du nanomètre est compliqué. D'abord parce que le microscope optique (le classique, ndlr) ne permet pas de voir les nanoparticules... Aujourd'hui, il existe de nouveaux outils mais on ne voit pas parfaitement ce que l'on fait. On travaille toujours un peu à l'aveugle.»

Quel est intérêt?

Pourquoi «façonner la matière» à l'échelle des nanomètres si c'est si compliqué? D'abord, pour réduire la taille de l'objet tout simplement: avoir un ordinateur plus léger, moins encombrant. Ensuite, parce que «quand on diminue la taille des matériaux, leurs propriétés physiques et chimiques changent», explique le physicien Pierre Morin. Prenons l'exemple de l'or. Une bille d'or d'un millimètre de côté est inerte chimiquement, elle réagit très peu avec d'autres molécules. En revanche, à l'échelle de nano poudre, l'or devient fluorescent. Les propriétés physiques, chimiques, biophysiques d'une molécule peuvent être très différentes si l'on prend un «gros tas» de ces molécules, ou juste un «tout petit tas». Il est possible de les mettre à profit en utilisant ces molécules sous forme de nanoparticules (un petit tas isolé). Et en les introduisant dans un matériau massif, on modifie ses caractéristiques... Et le rendre, au choix : plus résistant, imperméable, fluorescent, etc.

Où trouve-t-on des nanoparticules?

Plus de 600 produits commercialisés en contiendraient. Et le potentiel de développement est énorme. Dans le domaine de la médecine par exemple, elles ouvrent de nouvelles perspectives, notamment dans les traitements contre le cancer. Dans l'alimentation. Selon l'inventaire de référence réalisé par la fondation de recherche américaine PEN, plus de 90 produits vendus dans le monde dans le secteur agroalimentaire sont susceptibles de contenir des nanoparticules. Essentiellement des compléments alimentaires, produits vitaminés et additifs, commercialisés notamment aux Etats-Unis. Ou dans les emballages, comme la barquette de salade recyclable et compactable par exemple. Les nano-composants permettant de prolonger la conservation, d'améliorer la transparence ou la protection contre les effets de l'air et de la lumière. En cosmétique. Les  crème solaire (les nanoparticules permettant de faire barrière aux UV), les crèmes antivieillissement, certains dentifrices.

Dans certaines raquettes de tennis (des nanotubes de carbone pour leur conférer à la fois légèreté et solidité). Dans les peintures et vernis (certaines nanoparticules augmentent la résistance à l'abrasion ou aux rayures et augmentent la protection contre les UV et la corrosion). Dans les textiles, comme les vêtements de sport par exemple, où elles permettent de neutraliser les mauvaises odeurs. Dans les matériaux de construction, pour une meilleure isolation par exemple. Dans l'industrie automobile aussi, où de nombreux nanomatériaux permettent de réduire le poids des véhicules de 20 à 50 % et d'abaisser la consommation de carburant. Dans l'électronique évidemment, pour réduire encore et toujours la taille des composants et l'énergie consommée par les ordinateurs et téléphones portables. Ou enfin, dans la Défense, avec des capteurs miniatures, facilement dissimulables.

Un enjeu économique colossal

Il suffit d'énumérer quelques-unes des applications possibles des nanotechnologies pour comprendre que l'enjeu économique est important. Les nanotechnologies représenteront un marché mondial de l'ordre de 1 000 milliards d'euros par an vers 2010-2015. Cet essor pourrait engendrer l'emploi direct de plus de 2 millions de personnes. Lors de son discours sur le grand emprunt, à la mi-décembre, Nicolas Sarkozy a placé les nanotechnologies en tête des priorités, avec les biotechnologies.

Quels sont les risques ?

Sur la santé, d'abord. On sait que les nanoparticules, de par leur petite taille, peuvent pénétrer notre système respiratoire et interagir avec nos cellules. L'Agence française de sécurité sanitaire du travail (Afsset) estime qu'il existe un risque de nanotoxicité. Devant l'incertitude actuelle des résultats scientifiques, l'Afsset recommande donc l'application du principe de précaution. En première ligne, les personnels des laboratoires et de la production industrielle, exposés au risque de contact avec des nanomatériaux présents dans leur milieu de travail – d'abord par voie respiratoire, mais aussi par voie digestive ou cutanée. Dans son labo de recherche à Lyon, Pierre Morin impose des règles de sécurité. «Il faut être vigilant. C'est comme quand on manipule des virus, il faut être très prudent.».

Se pose aussi le problème de traçabilité, les nanotechnologies étant invisibles à l'œil nu. Les anti-nanos agitent le spectre des libertés publiques: les nanorobots - espions invisibles- peuvent surveiller nos moindres faits et gestes... sans limite, sans garde-fous.

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