Mieux vaut assumer ce qui est, plutôt que d'espérer ce qui ne sera pas. Regardons les chiffres en face avec lucidité, et derrière ces chiffres les réalités de la situation économique de la France et de l'Europe.
La vérité est indispensable pour prendre la mesure des faits, la volonté est nécessaire pour faire bouger les lignes et redresser le pays. La vérité donc, c'est que, contrairement à toutes les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou de la Commission européenne, la croissance est en panne, en France comme en Europe. Avec une croissance zéro au deuxième trimestre, prolongeant ainsi la stagnation du premier trimestre, notre pays est au ralenti et n'atteindra donc pas le 1 % de croissance du produit intérieur brut (PIB) Cette année, la croissance du PIB devrait être de l'ordre de 0,5 %, et rien ne nous permet, à l'heure actuelle, de prévoir, pour 2015, une croissance très supérieure à 1 %. Ce phénomène de trop faible croissance n'est pas propre à la France. Au deuxième trimestre de cette année, l'Italie est en récession, l'Allemagne est en stagnation. C'est donc l'Europe et par conséquent la France qui sont atteintes par cette langueur qui ne permet pas de reconstruire le tissu des entreprises abîmé par la crise et de faire reculer durablement le chômage.
La vérité, ensuite, c'est que l'inflation est beaucoup plus faible que prévue. Elle est de 0,5 % sur un an en France, 0,4 % en Europe. Ce qui parait comme une bonne nouvelle pour le consommateur et se traduit en France, pour la première fois depuis trois ans, par une hausse du pouvoir d'achat, est aussi le signe d'un déficit d'activité et une mauvaise nouvelle pour le désendettement. La trop faible inflation est le reflet de la trop faible croissance.
La vérité c'est que, conséquence directe d'une croissance en berne et d'une inflation insuffisante, la France n'atteindra pas cette année son objectif en termes de déficit de ses finances publiques, malgré la totale maîtrise de nos dépenses. Moins de croissance, moins d'inflation entraînent mécaniquement moins de recettes, et donc plus de déficit que prévu, malgré la réalité des efforts pour le réduire. Le déficit des administrations publiques (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales) sera donc supérieur à 4 % du PIB en 2014. Nombre de nos voisins européens n'atteindront pas eux aussi les objectifs qu'ils s'étaient fixés. La vérité, enfin, c'est que cette situation de trop faible croissance, de trop faible inflation, de réduction plus lente des déficits trouve son origine dans des causes proprement françaises, mais aussi dans des situations auxquelles seule une réaction européenne globale peut apporter réponse.
Face à la vérité des faits, c'est la décision politique qui doit prévaloir, face aux difficultés du moment, c'est à la volonté de l'emporter. La volonté c'est, en France, de continuer à un rythme approprié la diminution des déficits publics, sans faire appel à des hausses d'impôts comme ce fut le cas au cours des années 2010 à 2013, avec les effets désormais connus en terme de pouvoir d'achat des ménages et de réduction des capacités d'investissement des entreprises.
La volonté c'est, en France encore, de mener à bien et jusqu'au bout, un vaste plan d'économie sur les dépenses publiques sans sacrifier ni la qualité de nos services publics, ni l'efficacité de notre protection sociale, ni les dépenses d'avenir – éducation, recherche et investissements. Le gouvernement a programmé, de 2015 à 2017, 50 milliards d'économies dont 21 milliards seront mis en œuvre dès 2015. Nous l'avons décidé, nous le faisons sans faiblesse. C'est un effort considérable ! La volonté c'est encore, en France, de mener à bien des réformes négociées et profondes, pour simplifier la marche des entreprises et faciliter l'embauche, en adaptant les statuts des professions réglementées.
Mais la volonté, c'est aussi, en Europe, de mettre en œuvre une politique monétaire adaptée à la situation exceptionnelle de faible croissance et de faible inflation que la zone euro toute entière connaît. La Banque centrale européenne (BCE) a pris de bonnes décisions. Elle doit aller jusqu'au bout de ses possibilités, conformément à son mandat, pour que le risque de déflation disparaisse et que l'euro retrouve un niveau plus favorable à la compétitivité de nos économies.
La volonté, c'est également, en Europe, de promouvoir une politique en faveur de l'investissement privé et public par la mobilisation des outils existants et par la mise en œuvre de moyens nouveaux. La volonté, c'est aussi, parce que la politique monétaire ne peut pas tout et parce que la politique d'investissement produira l'essentiel de ses effets à moyen terme, de réorienter les politiques européennes en adaptant le rythme de la réduction des déficits publics à la situation économique actuelle.
L'Europe doit agir fermement, clairement, en adaptant profondément ses décisions à la situation particulière et exceptionnelle que connaît notre continent. La France pèsera en ce sens. C'est l'enjeu de la nouvelle Commission, c'est l'objet de la réorientation des politiques européennes, c'est la clé de notre réussite commune.