Pas à pas, l'autoproclamé Etat islamique (EI), implanté en Irak et en Syrie, tisse sa toile mortifère. Lundi, le mouvement dirigé par Abou Bakr Al-Baghdadi, sur le sort duquel plane toujours l'incertitude (a-t-il été blessé, voire tué dans un bombardement ?), a reçu le serment d'allégeance des djihadistes égyptiens d'Ansar Beït Al-Maqdis (ABM). Dans un enregistrement mis en ligne sur leur compte Twitter, "Les Partisans de Jérusalem" promettent au "calife Ibrahim Ibn Awad de l'écouter et de lui obéir", exhortant tous les musulmans à faire de même.
Les Egyptiens sont également appelés à se soulever contre leur gouvernement "injuste" et à ne pas céder aux sirènes d'une "démocratie blasphématoire". Pour l'EI, le soutien d'Ansar Beït Al-Maqdis, quelles que soient ses motivations intrinsèques, est une victoire majeure face à ses rivaux d'Al-Qaida, historiquement liée à l'Egypte.
Depuis 2011, ABM a presque toujours concentré ses attaques sur l'armée et les forces de sécurité égyptiennes. En passant sous la coupe de l'EI, le groupe pourrait être tenté, par mimétisme, de singer son style et sa cruauté. Ce qui lui aliénerait la sympathie des populations du Sinaï, où il est très actif depuis la chute de Mohamed Morsi, en juillet 2013. A l'inverse, certains Egyptiens fanatisés trouveront dans ce vœu d'obédience de quoi satisfaire, de manière effective, leur identité de vues avec l'EI.
Face à la redoutable "efficacité" d'Ansar Beït Al-Maqdis, dramatiquement illustrée par l'attentat du 24 octobre dans la province du Nord-Sinaï, le pouvoir égyptien a promis la fermeté. Nul doute que ce "jeu mortel" va durer, ABM ayant promis de "combattre l'armée jusqu'au jour du Jugement dernier"…