La Ve République est jalonnée de changements d’appellation des familles politiques. Valls, Sarkozy et Le Pen y songent à leur tour.
Des responsables des trois partis ont envisagé récemment de repeindre l’enseigne de leur boutique. Sans emporter l’approbation de leurs opposants internes. Voire de leur paternel : quand Marine Le Pen dit, mi-octobre, que la question d’un nouveau nom pour le Front national«mérite d’être posée», Jean-Marie Le Pen, gardien de la flamme depuis 1972, fulmine contre cette manière de «tromper les gens» et pointe ce «chevènementiste» de Florian Philippot qui suggère un «débat inutile» à l’oreille de sa fille.
Le projet de Nicolas Sarkozy de retaper l’UMP du sol au plafond passe aussi par un changement du sigle que le parti de droite porte depuis 2002. Ce qui séduit NKM, qui voulait gommer l’appellation pour «tourner la page» Bygmalion, mais pas Alain Juppé, sceptique sur l’intérêt d’«appeler ça PMU à la place d’UMP».
Quant à Manuel Valls, il n’écarte pas, «pourquoi pas», de rebaptiser le Parti socialiste du congrès d’Epinay de 1971. Une marotte qu’il ressert, sans succès, depuis 2007. Il faut dire que si on met de côté les recompositions de chapelles de gauche ou d’extrême gauche, des maisons comme le PS ou le PCF démontrent une plus grande fidélité sémantique.
Sous la Ve République, la droite a actualisé à cinq reprises son intitulé, outre quelques appellations éphémères. Culture du chef oblige, l’étiquette y est associée à un homme, quand la gauche porte classiquement le nom de sa doctrine. «Il y a aussi une différence entre une sensibilité construite sur un projet de transformation de la société et l’objectif de gestion pragmatique de la droite», analyse Jean Garrigues, professeur d’histoire politique à l’université d’Orléans.
Un sondage Ifop pour le JDD ne donne guère raison à ceux qu’un changement d’AOC politique démange. Plus de quatre sondés sur dix se disent indifférents à ces transformations, ceux qui ont une opinion y étant en majorité hostiles.