A l'issue de tractations particulièrement longues et difficiles, l'Organisation de la francophonie (OIF), dont une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement se sont réunis en sommet à Dakar (Sénégal), s'est donné une image de modernité en désignant « par consensus et à huis clos », dimanche 30 novembre, la Canadienne d'origine haïtienne Michaëlle Jean à sa tête.
C'est la première fois qu'une femme, jeune de surcroît, dirigera ce « Commonwealth à la française », qui est véritablement né à Hanoï en 1997, sur les bases d'une modeste agence de coopération culturelle et technique créée trente ans plus tôt. C'est aussi la première fois qu'une représentante d'un pays du Nord occupera le poste de secrétaire générale, à la suite de l'Egyptien Boutros Boutros Ghali et du Sénégalais Abdou Diouf, « âme » de la Francophonie depuis douze ans. Les pays africains – la moitié des pays membres à part entière de l'OIF – considéraient que ce poste leur revenait presque de droit. Il leur a échappé en raison de leurs divisions persistantes. Depuis juin, ils étaient invités par la France à s'entendre sur l'un des cinq candidats en lice.
Le Canada a ainsi obtenu une victoire à l'arraché, au terme d'une campagne menée par sa candidate depuis plus d'un an dans toutes les capitales importantes de la Francophonie. La « très honorable » Michaëlle Jean, comme les autorités de son pays continuent de la désigner en vertu de son passé de gouverneure générale du Canada (représentant la reine, chef de cet Etat du Communwealth) à Ottawa, aura fort à faire à partir de janvier : la « feuille de route » que le sommet de Dakar a établie pour les quatre prochaines années ressemble à une litanie d'objectifs, « les plus ambitieux jamais énoncés » par l'OIF, a reconnu Mme Jean.
L'OIF est bien sûr invitée à renforcer « l'usage de la langue française », mais dans le respect des langues locales, elle doit aussi promouvoir une stratégie économique aux contours flous – un premier Forum économique de la francophonie est organisé par la société Richard Attias et associés à Dakar lundi et mardi, avec la participation d'Alain Juppé.