1.300 djihadistes potentiels et 500 Français liés à Al-Qaida placés sous surveillance,
425 millions d'euros débloqués pour l'anti-terrorisme,
1.400 nouveaux policiers mobilisés...
Les attentats meurtriers contre "Charlie-Hebdo" et l'Hyper Casher ont marqué les esprits. Ils ont aussi laissé place aux amalgames : tous les terroristes sont des musulmans radicaux, voire l'inverse ; la sécurité des Français est menacée, il n'y a jamais eu autant d'attentats dans l'Hexagone ; l'Europe toute entière est devenue la cible des terroristes islamistes ; Internet est un lieu de radicalisation terroriste...
Pour démêler le vrai du faux et relativiser les déclarations, il convient d’analyser les chiffres du terrorisme en France et en Europe. Au total, 2.564 attaques terroristes ont été perpétrées entre 1792 et 2013, selon la base de données Global Database of Terrorism. La plupart n'a pas fait de victime. 241 personnes ont ainsi péri dans 174 attentats. L'attaque contre "Charlie Hebdo" se positionne comme la plus meurtrière depuis 1961, lorsque l'Organisation armée secrète (OAS) avait fait dérailler un train avec des explosifs (tuant 28 personnes).
Toutefois, les terroristes islamistes ne sont responsables que de trois d'entre elles, soit 1% de l'ensemble des attaques. Bien loin des séparatistes corses qui totalisent 214 attaques sur cette période (soit 72%) ou des séparatistes basques (13 attaques, 4%). De quoi relativiser les propos du président du Crif, Roger Cukierman, qui a estimé que "tous les terroristes qui ont commis des meurtres dans la période récente se réclamaient de l'islam", des propos appuyés par la députée FN Marion Maréchal-Le Pen.
Cela se traduit par les cibles des attaques terroristes. Les établissements religieux ne sont ciblés que dans 3,8% des cas (12 attaques) entre 2000 et 2013. Bien loin des particuliers (37,7%), des commerces (25,5%) ou des établissements gouvernementaux (14,5%). Depuis 2000, la France s'avère d'ailleurs loin d'être le pays le plus visé (276 attaques). Depuis 15 ans, le Royaume-Uni a subi le plus d'attaques terroristes (403), suivi de la Grèce (369) et de l'Espagne (362). Dans chaque cas, ces attaques s'expliquent surtout par un contexte local : les séparatistes d'Irlande du Nord, l'extrême droite, les séparatistes basques et les séparatistes corses.
Globalement, à l'échelle européenne, une diminution des attaques et des arrestations est à souligner depuis 2000, pointe une enquête d'Europol, le service de police européen. Reste que les attaques d'islamistes demeurent les plus marquantes puisque les plus meurtrières. Depuis 2000, 249 personnes ont été tuées en Europe par des islamistes, soit bien plus que par des séparatistes basques (56 morts) ou irlandais (27 morts). Conséquence directe : les arrestations de terroristes islamistes présumés s'affichent en augmentation depuis 2009. La France s'avère d'ailleurs à la pointe en la matière avec 143 arrestations en 2013, très loin devant l'Espagne (20), la Belgique (19) et la Bulgarie (12). L'Union européenne a affirmé qu'entre 3.000 et 5.000 Européens sont partis en Syrie et en Irak pour faire le djihad, dont 30% sont déjà revenus. Manuel Valls a ainsi affirmé en janvier que 3.000 personnes sont surveillées par les services français pour leur radicalisation potentielle, dont 1.300 djihadistes potentiels. De même, 400 à 500 Français liés à Al-Qaida ont été placés sous surveillance
Le chiffre le plus significatif de cette enquête est lié à l’influence problématique des réseaux sociaux. 90% de ceux qui basculent dans des activités terroristes au sein de l'Union européenne le font après avoir fréquenté internet."