Le casse-tête était à la fois simple, et presque impossible à résoudre : le candidat devait être pugnace, offensif, et s’efforcer de garder une hauteur de vues et un ton quasiment élyséens. La surprise, c’est qu’on ne parle pas là du président sortant, Nicolas Sarkozy, mais de son challenger François Hollande. Le premier aurait dû bénéficier de la majesté acquise à l’homme qui achève un mandat de chef de l’Etat de cinq ans; c’est son concurrent, François Hollande qui est parvenu à se doter de ses atours. Au terme de plus de deux heures et demie d’affrontement, on ne peut que constater que c’est François Hollande qui émerge comme la vraie révélation de la soirée.
Impitoyable avec les approximations de Nicolas Sarkozy, François Hollande a su conserver un profil "rassembleur", celui d’un futur Président de "tous les Français". A ce titre, la longue tirade "Moi, Président de la République, je serais…", qui avait été soigneusement préparée pour définir les engagements d’un président impartial en tous points en "rupture" avec la pratique du pouvoir de Nicolas Sarkozy, restera comme le morceau de bravoure de cette joute télévisée. Nicolas Sarkozy a été renvoyé au rang d’ "homme du passif". Au point que le candidat UMP, constamment sur la défensive, n’a eu de cesse de critiquer le projet de son adversaire qui a occupé l’essentiel des échanges.
Il n’y a somme toute que lorsqu’il a abordé le sujet de l’immigration, et plus particulièrement des centres de rétention pour les étrangers en situation irrégulière et de l’interdiction de la burqa que Nicolas Sarkozy a retrouvé du tonus. Comme si le candidat de l’UMP était somme toute beaucoup plus à l’aise dès lors qu’il se hasardait sur les terrains de chasse préférés du Front national.