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Le blog de Eric de Falco

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conseiller général du 1° canton de Rouen


L'Europe n'est pas à la fête

Publié par Eric de Falco sur 24 Mai 2013, 07:22am

Catégories : #actualité

Les Européens ne l'aiment plus, ou beaucoup moins. Le projet d'unification, qui a accompagné la renaissance du Vieux Continent après la seconde guerre mondiale, est en procès. Il est jugé coupable, responsable de la crise. Il ne porte plus l'espoir, mais le désespoir. Verdict injuste ? Coup de déprime conjoncturel ou mal plus profond ?

 

L'UE compte 28,5 millions de chômeurs ; 19,2 millions pour la seule zone euro. Elle s'installe dans la récession : en 2013, son produit intérieur brut va baisser de 0,1 % ; pour les Dix-Sept de l'euro, ce sera – 0,4. Elle est le seul grand pôle économique mondial à connaître pareille stagnation.

Ces chiffres nourrissent le désenchantement. Ils enterrent le rêve, au moins partiellement. En 2013, seuls 45 % des 7 600 ressortissants européens interrogés tous les ans par le Pew Research Center, dans huit pays de l'UE, se disent favorables à l'Europe – les Français figurant parmi les moins europhiles. Les formations politiques eurosceptiques, voire europhobes, sont passées par là. Dans toute l'Europe, elles font des scores sans précédent. Elles menacent de dominer le prochain Parlement européen. Elles diffusent un message simpliste qui convainc bien au-delà de leurs seuls électeurs : la crise, "c'est la faute à l'Europe", ou à l'immigration, quand les deux boucs émissaires ne sont pas pointés d'un même souffle.

 

 L'Europe est-elle responsable ? La question sous-tendait le long lamento entendu le 9 mai sous les dorures des palais florentins. La réponse est non, très largement. L'UE, la forme prise aujourd'hui par le projet européen, n'est pour rien dans les faiblesses, relatives, de la plupart des économies du continent. Impossible d'imputer à l'Union la tolérance de la France pour le chômage de masse depuis plus d'une génération ; la corruption d'une partie du système politique italien ; la spéculation immobilière à l'espagnole ou la folie du crédit bancaire à l'irlandaise. Hélas !, il n'y a pas eu d'ordonnance européenne obligatoire pour enrayer le développement de ces pathologies nationales. A l'heure de la crise de 2008, la plupart des membres de l'UE se sont retrouvés avec des défenses immunitaires affaiblies. Ils le payent aujourd'hui.

L'euro pourrait être incriminé. Imposée par l'Allemagne, en contrepartie de sa participation au sauvetage de la devise européenne, la cure d'austérité universelle infligée à l'ensemble de la zone a montré ses limites. Mais faut-il accuser "l'Europe" si la zone euro a été bâtie n'importe comment, intégrant des pays qui n'auraient jamais dû y figurer, et gérée en dépit de ses propres règles et du bon sens monétaire ? Hélas !, là encore, il n'y a pas eu d'autorité "européenne" pour forcer les membres de la zone à se comporter de manière responsable

 

 C'est la mondialisation des échanges qui rend la nation inopérante comme espace de protection – pas l'Europe. Le repli nationaliste est moins que jamais pertinent dans un monde globalisé qui rogne les pouvoirs de la nation ou de l'Etat – pareil repli ne serait pas synonyme de souveraineté reconquise. Ce que révèle la protestation antieuropéenne, c'est la peur du monde extérieur. L'Europe n'est pas le problème. Elle peut être la solution, à une condition : que ses membres se décident enfin à en faire une force singulière usant de sa puissance pour civiliser, un peu, la mondialisation. On n'y est pas, loin s'en faut. Mais, un soir de mai, on s'est pris à rêver en dégustant du chianti au pied des collines de Toscane – quoi de plus civilisé

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