La confusion qui règne dans la majorité présidentielle au lendemain du premier tour des élections cantonales est inquiétante. Face à la nette progression du Front national, l'UMP semble, en effet, ne plus savoir à quelle stratégie se vouer.
Depuis le soir du premier tour, on aura tout entendu sur l'attitude à adopter dans les 200 cantons où le second tour se jouera entre la gauche et le FN. Fixée depuis plusieurs jours par le chef de l'Etat, la consigne semblait claire : "Ni FN ni front républicain." Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, l'a confirmé en récusant toute perspective de "front républicain" pour faire barrage au FN en laissant les électeurs "libres de leur choix".
Cette position a été contestée de tous côtés. Les centristes Jean-Louis Borloo ou Jean Arthuis ont clairement indiqué que "pas une voix" ne doit aller au Front national, quitte à voter socialiste au second tour. Les ministres Valérie Pécresse et Nathalie Kosciusko-Morizet ont dit la même chose. En revanche, François Baroin a suggéré l'abstention et Xavier Bertrand le vote blanc. Finalement, le premier ministre lui-même a fait entendre sa différence. François Fillon a appelé les électeurs UMP à "voter contre le Front national", ce qui contredit la liberté de vote laissée par M. Copé.
Le "ni FN ni PS" prôné par MM. Sarkozy et Copé constitue, une triple faute - l'embarras de beaucoup, à droite, en témoigne. Une faute tactique, d'abord. La cacophonie de ces dernières heures n'est guère de nature à remobiliser les électeurs de droite qui ont boudé soit les urnes, soit les candidats de la majorité présidentielle. Cet affolement perceptible ne peut que réjouir la présidente du FN.
Une faute politique et idéologique, ensuite, tant cela revient à se situer sur le terrain choisi par le FN et à lui donner raison. Etre prêt à toutes les ambiguïtés pour ne pas désespérer les électeurs tentés par le vote d'extrême droite, c'est admettre que l'on a échoué à les convaincre par la politique conduite depuis quatre ans. Récuser tout soutien à un candidat du PS pour ne pas prêter le flanc à l'accusation de "connivence", c'est reconnaître l'efficacité du réquisitoire démagogique martelé par Mme Le Pen contre l'"UMPS". Et céder à l'intimidation.
Une faute morale, enfin. Il est clair que la droite française a tout à perdre à multiplier les connivences avec l'extrême droite. En multipliant, depuis des mois, les déclarations et les initiatives destinées à concurrencer le Front national, en empruntant son vocabulaire et, pour partie, ses obsessions, le chef de l'Etat en fait aujourd'hui la démonstration par l'absurde. Et en paie le prix, très lourd. A force de faire le lit du Front National, on finit par être obligé de coucher avec.