Quelques extraits d'un discours prononcé par Laurent Fabius à Athènes la semaine dernière et qui peut être considéré comme fondateur d'une nouvelle étape dans la construction de notre maison
commune. A lire avec beaucoup d'attention
Alors que certains Etats, comme l’Islande, frappent aux portes de l’Union ou, comme la Suède et le Danemark, se rapprochent de l’Eurogroupe, alors que l’euro cher risque de poser des problèmes de
plus en plus lourds à nos économies face à la concurrence et à la crise, c’est le moment de nous interroger sur l’euro.
La crise démontre autant le succès de l’euro que l’insuffisance de la coordination économique en Europe
Il y a encore deux ans, neuf Européens sur dix jugeaient l’euro responsable de la baisse de leur niveau de vie. Avec la conjoncture difficile que nous connaissons aujourd’hui, il apparait que la
monnaie unique a atténué les effets de la crise sur les pays de la zone euro. Depuis l’entrée de la Slovaquie le 1er janvier dernier, 330 millions d’européens vivent l’euro
au quotidien.
L’euro est la deuxième monnaie de réserve du monde et l’augmentation sa part dans les réserves mondiales est constante (17,6% en 1999 ; 26,4% en 2008). Dix ans après son introduction, 25%
des transactions commerciales et 45% des obligations internationales sont facturées en euro.
La contribution de l’euro à la stabilité des économies nationales est particulièrement visible dans la crise actuelle. Quelles catastrophes supplémentaires si, à la crise financière,
économique, sociale, écologique, s’était ajoutée une crise monétaire. L’Islande et la Hongrie n’ont évité la catastrophe que grâce aux aides de l’Union et du FMI.
Une première critique à l’égard de l’euro consiste à lui reprocher la perte de pouvoir d’achat des consommateurs au moment du passage à l’euro. Quand les billets et les pièces de monnaie
ont commencé à circuler, l’Europe a connu une inflation d’environ 3 % qui a souvent été attribuée à l’euro. L’augmentation sur les produits les plus consommés (le café, le pain, etc...) a été
réelle, les produits de consommation moins fréquents (numérique, électroménager), eux, sont restés stables. En réalité beaucoup d’entreprises - et d’abord la grande distribution - ont pris
prétexte du passage à l’euro pour arrondir leurs marges à l’euro supérieur
Une seconde critique est liée à la gestion de l’euro. Que la BCE fasse primer la stabilité monétaire sur la croissance et l’emploi est une réalité. Que cette hiérarchie relève de ses
statuts est une autre vérité, que personnellement je regrette. L’absence de coordination fragmente la zone euro.
Il faut aller vers un acte II de l’Union économique et monétaire
L’expérience de la décennie écoulée, celle de la crise que nous affrontons et qui n’est pas terminée comme certains voudraient le faire croire, impose de réexaminer
la politique monétaire et, plus globalement, la politique économique de l’Union européenne
Il suppose d’entreprendre simultanément trois chantiers :
un chantier monétaire pour mieux définir la place de l’euro face aux autres grandes devises ;
un chantier économique pour harmoniser les politiques fiscalo-sociales des Etats membres ;
un chantier politique et démocratique qui jette les bases d’un vrai pilotage.
Dans la compétition que se livrent les monnaies, nous risquons en effet de nous retrouver pris dans l’impasse de l’euro cher. il est à la fois significatif et
très dommage que le G20 de Pittsburgh n’ait pas abordé la question monétaire. Cette question de l’euro cher touche au pacte social de l’Europe. le lancement
d’un ou plusieurs grands emprunts en euros, par exemple conjoints entre la France et l’Allemagne
Plus généralement, le besoin d’harmonisation européenne des politiques fiscales et sociales est évident.
Comment avoir durablement un marché unique si l’impôt sur les sociétés varie de 0 à plus de 30 % selon les Etats. Cela, ce n’est pas l’Europe, mais l’affaiblissement de l’Europe.
L’harmonisation sociale et fiscale exige aussi une nouvelle gestion qui intègre plus réellement la politique économique de l’Europe dans le pilotage monétaire de
l’euro.
Aujourd’hui, il ne s’agit nullement de mettre en cause l’indépendance de la BCE. Mais être indépendant ne signifie pas être isolé dans une tour d’ivoire. Un dialogue
plus réel entre la BCE et l’Eurogroupe est souhaitable
il serait incompréhensible que pour présider l’Union soit retenue la candidature d’un dirigeant d’un pays non membre de la zone euro.