A 29 ans Roberto Saviano, auteur de «Gomorra», est en train de se construire une stature d'intellectuel
Contraint et forcé de vivre 24 heures sur 24 en compagnie d'une escorte - il dîne, voyage, dort, fait du sport ou va au cinéma accompagné d'au moins quatre gardes du corps depuis que les
camorristes du clan des Casalesi ont juré qu'ils lui feraient un «cappotto di legno», un manteau en bois, c'est-à-dire un cercueil -, le jeune Roberto peaufine une silhouette d'homme
rigoureux et moral qui finit par représenter tous ceux qui veulent combattre non seulement la mafia mais le berlusconisme. Et toujours d'un point de vue éthique.
Sa lettre ouverte à
Berlusconi publiée il y a 22 jours sur le site de «la Repubblica» a recueilli près de 500.000 signatures. Des noms connus alternent avec d'autres qui le sont moins, mais vont de
Roberto Benigni à Tahar Ben
Jelloun en passant par Andrea
Camilleri et Jose
Saramago, par-delà les frontières évidemment. «violette» de samedi 5 décembre au coeur de Rome (les organisateurs parlent d'un million de personnes) pourrait donner un coup de
main à Saviano dans sa tentative de mobiliser les consciences par-delà les partis politiques.
La situation est telle aujourd'hui dans la Péninsule, avec la mainmise totale de Berlusconi sur l'audiovisuel et sa façon de plier les institutions et les lois à ses besoins
personnels, avec une opposition quasi anesthésiée par ces débordements en tous genres, que la porte de sortie du cauchemar quotidien semble davantage entre les mains de la société civile que dans
celles des représentants du peuple.