Ce que vit aujourd'hui l'UMP est du même ordre que la triple crise qu'avait traversée le Parti socialiste au lendemain de la défaite de Lionel Jospin en 2002.
C'est d'abord une crise du leadership : la fin du magistère autoritaire exercé par Nicolas Sarkozy sur la droite a pour effet de libérer les ambitions de façon très brutale. Le sage François
Fillon s'est déclaré tôt, au risque de perturber la campagne des législatives, car il sait que beaucoup d'autres sont tapis dans l'ombre. Derrière le contrôle du parti se joue la présidentielle
de 2017 à laquelle songent non seulement François Fillon et Jean- François Copé mais aussi Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Baroin et probablement beaucoup d'autres
encore.
C'est ensuite une crise du projet : l'UMP, née en 2002 du rapprochement entre le RPR, l'UDF et Démocratie libérale, n'a pas réussi à faire synthèse. Une partie flirte ouvertement avec les thèmes
d'extrême droite, l'autre, beaucoup plus centriste, résiste avec le sentiment d'avoir été brimée durant ces cinq dernières années.
C'est enfin une crise des alliances : l'UMP a été créée par Jacques Chirac et Alain Juppé en réaction à la qualification de Jean- Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002. Elle a
été conçue comme une barrière anti-Front national. Le bon score de Marine Le Pen a la présidentielle de 2012 remet en cause cette croyance et place sous pression le parti tout entier.
Le plus grand danger pour l'UMP serait d'exploser sous l'effet combiné de la guerre des ego et de l'absence de ciment idéologique, car alors la présidente du Front national pourrait prétendre
recomposer à sa main le paysage de la droite. Pour éviter cela, des remèdes existent. Ce sont exactement ceux qu'ont adoptés les socialistes après avoir beaucoup tâtonné. D'abord instituer de
vrais courants au sein de l'UMP pour faire vivre le débat et donner l'impression à chacun d'exister. Ensuite, déconnecter la question de la présidence de l'UMP de celle de la présidentielle de
2017 : le candidat ne serait pas automatiquement le président du parti. Il serait désigné par le biais de primaires ouvertes, exactement comme l'a été François Hollande.
Alain Juppé, qui défend ce type de scénario, n'a pas mis longtemps à rompre avec Nicolas Sarkozy qui, durant toute la campagne de la primaire socialiste, n'avait cessé de moquer
l'exercice. En tous cas, l'exercice de démolition engagée entre les chefs de l'UMP aura comme conséquence immédiate de compromettre toute chance pour la droite de gagner les
législatives!