Perte de repères en plein coeur du quinquennat sarkozyste ? Pessimisme de crise ? Délitement du projet collectif qui fonde la République alors que reculent les frontières de l'Etat-nation ? Toutes ces explications se cumulent, et c'est précisément pour cela que le sondage Sofres-Logica réalisé pour l'association Lire la Politique est aussi alarmant. Ce n'était pas de l'« identité nationale » qu'il fallait débattre ces derniers mois, comme l'a décrété le duo Sarkozy-Besson. Le problème est ailleurs. Il est bien plus grave. C'est le moteur de la République qui est aujourd'hui grippé, sans que les solutions à cet immense malaise apparaissent très clairement.
Pour autant, les raisons concrètes de cette langueur républicaine ne sont pas inconnues. La liberté ne régresse pas de la même manière pour tous les Français. La ligne de clivage est sociale. Les catégories populaires sont encore plus sensibles que les catégories supérieures à la multiplication d'interdictions ponctuelles qui sont l'expression d'un contrôle social accru. Les CSP+ s'alarment des atteintes à la circulation de l'information, tandis que les CSP- s'inquiètent des restrictions mises à leur propre circulation (voir tableau). Il y a là l'expression d'un individualisme exacerbé, qui lui-même est par ailleurs tenu pour responsable du recul de la fraternité dans la France de 2010.
Pour comprendre ce paradoxe, il faut aller au coeur du mal français. L'égalité n'est pas la valeur préférée de nos concitoyens, mais c'est autour d'elle que se cristallise l'essentiel de nos maux. D'abord parce qu'elle clive sur le plan politique : vingt points d'écart entre sympathisants de gauche et de droite dans la perception d'une société de plus en plus inégalitaire ! Avec, en arrière-plan, ce qui apparaît comme l'expression la plus spectaculaire de cette évolution, toutes catégories sociales confondues : l'inégalité devant le salaire et l'inégalité devant l'emploi.
On a là les effets massifs d'une crise qui déchire le tissu social et taraude le projet républicain. Comment dès lors s'étonner que celui-ci soit aussi peu incarné ? Quelle personnalité française symbolise le mieux la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité ? A cette question ouverte, près d'un Français sur deux ne parvient pas à répondre. Le premier nom qui sort n'est cité que par 5% d'entre eux. C'est celui de Simone Veil, suivi par l'abbé Pierre et... Coluche. Sans commentaire !