La politique étrangère française, même s’il y a des constantes depuis le début de la Ve République, a été constamment adaptée. Depuis la fin de l’URSS, elle a dû se réinventer pour s’adapter au monde «global» et agir, selon les cas, aux niveaux national, bilatéral, de la zone euro, de l’Union, du G20, de l’ONU, etc. L’objectif d’une politique étrangère européenne commune (pas unique) ne nous dispense pas de continuer à prendre les initiatives internationales nécessaires, indispensables pour que la synthèse européenne se fasse par le haut.
Faut-il agir seul ou avec d’autres ? Faut-il s’engager à fond sur tels dossiers, ou pas trop, parce qu’il y a d’autres urgences ? Comment utiliser au mieux tous nos leviers d’influence ? Au Président, qui sera en quelques semaines complètement partie prenante du grand jeu international, de décider. Qu’il s’agisse du Proche et du Moyen-Orient, où les principes auxquels nous nous référons restent ceux fixés par Mitterrand en 1982 dans le discours où il a envisagé un Etat Palestinien ; ou de la politique africaine où, une fois éliminé ce qui reste de la vieille Françafrique, il faudra une politique africaine (tout le monde en a une) moderne. Et d’une stratégie à long terme vis-à-vis des émergents, globalement et au cas par cas. A partir des références qu’il s’est données, François Hollande dispose d’un éventail de choix plus large que l’on ne croit.
L’Occident a perdu le monopole du pouvoir mondial qu’il détenait depuis quatre siècles. En termes de puissance relative, les émergents sont déjà ce que nous pensions, avant la crise, qu’ils seraient en 2030 ! Parmi les 193 Etats des Nations unies, la France fait toujours partie des quelque 5 à 10 pays les plus influents, avec une puissance et une influence plus ou moins grande selon les sujets, à condition qu’elle sache en user et mobiliser des partenaires ou des alliés. Il est évident que l’on est encore plus influent si l’on agit au niveau européen, rendu plus intégré par la crise. Mais pas parce qu’il faudrait «s’en remettre» par faiblesse à l’Europe ! L’Europe doit conjuguer par le haut les ambitions et d’abord celle, nouvelle, de la France.
HUBERT VEDRINE